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INTERVIEWS

  • Cannes - World Film Festival - Remember the Future

INTERVIEW AVEC VANESSA PAGE WRIGHT, RÉALISATRICE & PRODUCTRICE DE "SANKOFA CHICAGO"

Award Winner - Édition Juin 2021

. Best Educational Film




INTERVIEW



Nous sommes ravis de vous rencontrer, Vanessa, merci pour votre film.

Quelle était ou quelles étaient vos filières à l'université, et pourquoi vous êtes-vous tournée vers le cinéma ?


Je suis également ravie de vous rencontrer. Je suis titulaire d'une maîtrise en gestion du divertissement et des médias du Columbia College Chicago, d'une licence en communication, dominante Production cinématographique et télévisuelle, une en sociologie avec une dominante sur Race, classe et identité, de l'Ohio State University (OSU) et d'un diplôme post-baccalauréat en interprétation ASL (langage des signes anglais US).


J'adore apprendre, comme vous pouvez le constater ! Enfant, ma chaîne préférée était PBS (elle l'est toujours). J’étais fascinée par les documentaires que je regardais avec mes parents le week-end. J'ai choisi donc délibérément ma spécialisation à l'OSU, en combinant la communication et la sociologie. Je rêvais de réaliser des documentaires qui seraient diffusés sur PBS, mais la plupart des opportunités qui se sont présentées à moi m'ont amenée à travailler dans le domaine des informations télévisées et à gérer les talents et le casting.


Il y a quelques années, j’ai voulu retourner à l'université et obtenir un doctorat, mais avec deux enfants et un mari qui terminait ses études supérieures, ce n'était pas possible. J'ai donc décidé de devenir chercheur dans mon domaine de prédilection et de mettre ma passion et mon expérience des médias en œuvre pour réaliser un documentaire. C'était comme faire ma propre "thèse", sans obtenir de note ni de diplôme.





L'approche "Sankofa" est particulièrement appropriée pour une histoire de Chicago, même avec un sujet aussi spécifique que le vôtre. Comment avez-vous choisi votre panel d’intervenants ?


Comme SANKOFA CHICAGO était mon premier documentaire comme auteure, réalisatrice et productrice depuis ma thèse d’université, j'étais un peu nerveuse à l'idée d'interviewer des gens extérieurs à mon cercle familial, amical et professionnel. Nous avons dû tourner pendant le confinement, ce qui a posé de nombreux défis. Comme le Conseil des arts de l'Illinois a partiellement parrainé le documentaire, j'avais une date limite à respecter. J'ai dû me fier à ceux qui avaient confiance en mon jugement. Ça a fonctionné et je leur en suis reconnaissante !


Je voulais d'abord qu'un Ghanéen m'explique la véritable signification du Sankofa. Je savais qu'en raison de cette signification, je devais interviewer des personnes issues de notre histoire, des personnes âgées et des enfants, qui sont notre avenir. La première interview a été réalisée avec Mme Play, qui avait 95 ans à l'époque. Ses histoires et celles des autres personnes âgées doivent être chéries et transmises aux générations futures.


Je voulais également trouver un moyen de filmer mes garçons, la source d'inspiration du documentaire. J'ai donc imaginé un segment pour les enfants avec eux et d'autres enfants âgés de 4 à 14 ans, qui a été très amusant à tourner ! J'essayais de trouver comment réaliser un documentaire qui intéresserait toute la famille ; j'ai donc opté pour un questionnaire destiné aux enfants. Il a été ajouté par segments, comme un "entr’acte" amusant ou de quoi briser la glace et permettre d'aborder des conversations sérieuses. Nous avons également inclus les parents, qui jouent un rôle crucial dans l'avenir de leurs enfants.


L'église, l'éducation, la santé mentale et la police jouent un rôle important dans l'histoire et l'avenir de Chicago et de ce pays, surtout lorsqu'il s'agit de la vie des noirs et des personnes de couleur. Je ne pouvais pas manquer cette occasion d'interviewer au moins un expert de chaque domaine. Plus important encore, je voulais intégrer des personnes de toutes origines ethniques, pour qu'elles racontent leur histoire, de leur point de vue.


Bien qu'il s'agisse d'un film sur l'histoire des Noirs, nous devons entendre toutes les voix, car tout le monde a besoin de comprendre et d'apprendre la vérité sur l'histoire américaine. C'est un documentaire pour tout le monde !




Les arts occupent une place importante dans l'histoire de Chicago, la musique bien sûr, mais pas seulement. Quel est votre point de vue sur des mouvements comme AfriCOBRA, quels autres mouvements artistiques peuvent être considérés comme faisant partie de l'essence de la ville, pour ainsi dire, et pourquoi ?


Bien sûr, comme vous l'avez mentionné, la musique est une grande partie de l'histoire de Chicago. En dehors de la musique, avant AfriCOBRA, il y avait le Black Arts Movement of Chicago (BAM) qui a commencé en 1967, lorsque l'Organization of Black American Culture (OBAC), un collectif d'artistes noirs basé à Chicago, a créé une peinture murale à Bronzeville (quartier du South Side) appelée "Le Mur du Respect". Ce mouvement s'est concentré sur la musique, la littérature, le théâtre et les arts visuels des artistes et intellectuels noirs.


Le mouvement artistique de la Renaissance noire de Chicago est également né de la ceinture noire de Chicago, dans le South Side, dans les années 1930 et 1940. Également connu sous le nom de Black Chicago Renaissance, il était similaire à celui de la Harlem Renaissance. Le mouvement comprenait des écrivains noirs célèbres, comme Richard Wright et Gwendolyn Brooks, des musiciens comme Louis Armstrong et Mahalia Jackson, et des artistes visuels, Margaret Burroughs, William Edouard Scott…


Je pense qu'AfriCOBRA, le BAM et la Chicago Black Renaissance ont offert une plate-forme qui leur a permis d’utiliser l'art pour dénoncer l'injustice, et d’ouvrir la voie aux artistes noirs. Ces mouvements ont également contribué à la création de diverses initiatives artistiques visant à renforcer la communauté noire.





En ce qui concerne la présence ou non de la police dans les écoles, d'après les interviews dans le film, les deux perspectives peuvent être défendues. Dans un pays comme la France, il y a d'énormes controverses sociales sur le sujet, bien que la violence armée chez les jeunes ne soit pas comparable à la situation à Chicago. Quelle est votre opinion personnelle ?


Oui, je pense que les deux points de vue peuvent être défendus concernant la présence de la police dans les écoles. Toutefois, d'après les recherches que j'ai effectuées pendant le documentaire, il semble qu'il faille procéder au cas par cas. Toutes les écoles n'ont pas besoin de policiers, mais les écoles ont toutes besoin d’assistants sociaux. Si elles autorisent la police, elles doivent également assurer la présence d’assistants sociaux.





Avez-vous entendu parler ou vu "DuSable to Obama : Chicago's Black Metropolis" de Barbara Allen de Middle Passage Productions ? En tant qu'universitaire et cinéaste de Chicago, connaissez-vous le travail d'Allen ou d'autres cinéastes sur votre ville ?


Oui, je connais le travail de Barbara Allen et j'ai étudié plusieurs de ses projets pendant plusieurs années. Je suis également une fan de PBS, j'ai donc vu "DuSable to Obama : Chicago's Black Metropolis" sur WTTW (la station locale de PBS à Chicago). Un autre film d'Allen, le documentaire "Paper Trail : 100 Years of the Chicago Defender", récompensé par un Emmy Award, est aussi une source d’inspiration. Parmi les autres documentaires sur Chicago réalisés par des cinéastes de Chicago que j'ai appréciés, citons "Ida B. Wells : A Chicago Stories Special" de Stacy Robinson, le court métrage "63 Boycott" de Gordon Quinn et "America to Me" de Steve James. J'ai vu ces films dans le cadre de mes recherches.





Il est intéressant de noter que les différentes générations représentées dans SANKOFA CHICAGO ont la même vision d'un avenir meilleur possible pour la jeunesse. D'où votre titre bien sûr. Avez-vous le sentiment qu'il y a une sorte de renaissance, une nouvelle prise de conscience, un renouvellement des énergies et le désir d'améliorer les choses et de rendre la communauté plus forte ?


Oui, je le pense. C’est le moment idéal pour ce documentaire. 2020 a forcé, pour la première fois, de nombreuses personnes à témoigner et aborder ouvertement la réalité du racisme institutionnel, qu'il s'agisse d'une pandémie mondiale pendant laquelle les personnes de couleur sont mortes en nombre disproportionné, du meurtre de George Floyd, ou du mouvement mondial Black Lives Matter (BLM).


Des personnes de tous âges s'accordent à dire que la qualité et la proportion de l'histoire des Noirs enseignée dans les écoles doivent être revues. Le public est prêt pour un changement. Un exemple de changement se produit à Evanston, une banlieue de Chicago. C'est la première ville des États-Unis à verser des réparations aux résidents noirs qui ont souffert de discrimination en matière de logement.


J'ai décidé de faire de SANKOFA CHICAGO une série documentaire. La deuxième partie

de la série, actuellement en cours de production, porte sur l'enseignement de l'histoire et des sciences sociales dans les écoles publiques de Chicago. D'après les recherches que nous avons menées jusqu'à présent, les parents veulent que la façon dont l'histoire est enseignée dans les écoles change.





Une question un peu directe : Que pensez-vous des lois américaines sur les armes à feu et de leur impact sur l'histoire de votre pays, passée et présente ?


Je ne suis pas fan des armes à feu, sauf si je regarde un western. L'histoire du contrôle des armes à feu est profondément imbriquée au racisme systémique ; je n'autorise même pas mes garçons à avoir un pistolet à eau.


Le droit de posséder et de porter des armes se trouve dans le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis, ratifié en 1791. L'histoire de la restriction des armes à feu date de la fondation des États-Unis. La législation sur la restriction des armes remonte à la période coloniale, la plus ancienne loi américaine mentionnant les Afro-Américains étant une ordonnance de 1664 interdisant aux Virginiens noirs libres de posséder des armes à feu.


Aux États-Unis, dans les familles noires, le risque qu’un enfant de sexe masculin meure d'une blessure par balle est de 62% supérieur à celui qu’il meure dans un accident de voiture. Il est plus facile d'obtenir une arme ici que de bénéficier d’un suivi psychologique ou psychiatrique. C’est particulièrement vrai dans les communautés noires, où la santé mentale est généralement traitée comme une question pénale, ce qui entraîne souvent l'emprisonnement ou le meurtre. Nous devons mettre Dieu en premier dans nos vies, espérons que les jeunes en feront autant !


Quelle est votre vision du cinéma post-Covid, pensez-vous qu'il y aura des changements importants ?


Je pense qu'il y aura des changements notables dans le cinéma post-covid. Je pense que les drive-in reviendront et seront populaires tandis que les grands cinémas deviendront une nouveauté. Les services de streaming sont déjà très populaires, mais je pense qu'ils proposeront davantage de nouveautés sur ces plateformes, comme ils l'ont fait pendant la quarantaine.






BIO


Vanessa Page Wright, M.A.

DIRECTOR & PRODUCER




VANESSA PAGE WRIGHT, M.A. - BIO



Vanessa Page Wright, M.A., était agent artistique avant de devenir cinéaste. Elle a toujours voulu créer des documentaires qui préservent l'héritage des Noirs par le biais de récits historiques à multiples facettes. À travers une lentille empathique et candide, elle vise également à analyser de manière critique la race, la culture et l'identité au sein de la communauté noire.


Elle est actuellement directrice-fondatrice de Tellers Untold et professeur auxiliaire au Columbia College de Chicago.


L'entreprise créative la plus récente de Vanessa est le documentaire SANKOFA CHICAGO, parrainé par le Conseil des arts de l'Illinois. Depuis ses débuts, le film a déjà reçu de nombreuses récompenses, notamment "Meilleur film éducatif" au Cannes World Film Festival (juin 2021), "Outstanding Achievement Award" au Black Swan International Film Festival et "Meilleur film éducatif" du Druk International Film Festival (octobre 2021). Ce succès rapidement acquis l'a incitée à faire de SANKOFA CHICAGO une série documentaire à part entière.


Actuellement en phase de pré-production, SANKOFA CHICAGO : THE UNTOLD fait la lumière sur l'enseignement des Sciences sociales et de l'histoire dans les établissements scolaires publics de Chicago, ainsi que sur l'intégration de l'histoire des Noirs et des autres groupes ethniques.


Lorsqu'il s'agit de rendre à la communauté noire et de servir de modèle aux jeunes (surtout à ses deux fils), la détermination de Vanessa est sans limite. Cela dit, elle est également créatrice, réalisatrice, scénariste et directrice de la photographie de la web-série “Your Kid Professors”, qui propose aux enfants une façon amusante et intéressante d'en apprendre davantage sur l'histoire des Noirs.


Vanessa Page Wright a également dirigé un projet de thèse documentaire “Big Ten Athletes.” Le film, qui présentait d'anciens athlètes de la NFL et de la NBA de l'université d'État de l'Ohio, a remporté plusieurs prix et été diffusé sur une chaîne affiliée à ABC.





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