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INTERVIEWS

  • Cannes - World Film Festival - Remember the Future

INTERVIEW AVEC VANESSA FERLE ET ANNA GRADOU, REALISATRICES DE "FIGHT OR FLIGHT"

Best 360° Film - August 2021 Edition


INTERVIEW



Bonjour Vanessa et Anna, merci pour ce film passionnant. Comment vous êtes-vous rencontrées ?


Nous nous sommes rencontrées pendant nos études de master. Nous avons toutes deux rejoint le programme de master franco-grec sur les arts des nouveaux médias, à l'Athens School of Fine Arts et aux Arts et technologies de l'image de l'Université Paris 8.


Quel a été le fil de discussion et de réflexion qui vous a amenées à réaliser ce film ?


Lorsque nous sommes parties pour Paris en tant qu'"immigrantes académiques", la crise des réfugiés en Méditerranée était à son comble. La difficulté de s'installer dans un autre pays, même pour des raisons d'études, nous a permis de nous identifier aux visages des femmes réfugiées, en particulier celles qui, dans des circonstances si difficiles, portaient leurs enfants jusqu'en Europe; la quête d'un avenir meilleur, d'une certaine manière similaire à la nôtre.


Cette prise de conscience a suscité un sentiment très profond de solidarité et d'empathie envers ces femmes, qui nous ont également transmis le sentiment profond d'une force féminine unique. La force de la mère, qui pour le bien de son enfant peut rendre possible l'impossible.


Cela nous a rappelé combien les femmes peuvent être fortes, combien elles peuvent endurer quand leur cause est puissante. Étudier à l'étranger était notre cause et bien que les difficultés soient incomparables, venir d'un pays pauvre pour étudier dans une ville inconnue et plus riche comme Paris est une expérience bouleversante, qui change la perspective et les cadres de référence. Être un étranger et appartenir à une minorité est un défi dans n'importe quel cadre social; on se retrouve en plein inconnu. Ce qui est toujours passionnant et source d’inspiration, mais aussi profondément effrayant.


Cette comparaison nous a aussi rappelé à quel point la migration était un phénomène naturel, une tendance innée profonde, un instinct, de tous les êtres vivants, animaux et végétaux. Nous avons tous, sans exception, tendance à migrer vers des lieux qui offrent de meilleures conditions de vie, de meilleures perspectives d'avenir, de meilleures possibilités de survie.



Combiner une expression artistique et l'utilisation de compétences et d'outils technologiques peut donner naissance à un message politique fort, tout en interrogeant le spectateur. Qu’auriez-vous à ajouter à cette proposition ?


Notre principal intérêt était la recherche, pas de créer un projet commercial, ni de plaire. Nous voulions étudier et tester les possibilités des supports technologiques que nous étudions en tant que tels, ainsi que leur potentiel artistique. La réalité virtuelle (RV) était l’un de ces supports. Au cours de cette recherche, nous avons compris que la RV pouvait avoir un impact émotionnel très fort sur le spectateur, peut-être à cause de la privation sensorielle de stimuli extérieurs que le casque de RV impose. Nous avons réalisé que le matériel projeté en RV crée des émotions dont l’impact est beaucoup plus intense que celui d’une projection en 2D du même matériel.


Cela nous a amenées à conclure qu'au sein de l'espace virtuel, les gens sont plus ouverts à l'émergence de sentiments empathiques envers un sujet. De ce point de vue, l'espace virtuel pourrait être un excellent outil humanitaire, où l’on aborderait les questions d'inégalité sociale ou d'abus pour avoir un impact sur la société sur un mode sentimental, par opposition au mode cognitif du discours politique. Dans notre cas, l'utilisation de la RV est là pour aider le spectateur à ressentir ce que ressentent les émigrants qui fuient pour survivre.





Pourquoi, en tant que femmes blanches européennes, avez-vous choisi les mots de James Baldwin et de June Jordan pour souligner votre message ?


Si nous avons délibérément choisi des écrivains africain-américains pour être la voix de ce projet, c’est afin de souligner que la migration et le racisme sont un phénomène universel. Ce n'est pas une question de couleur, d'ethnie ou d'un moment précis de l'histoire, mais une question de pouvoir et de majorité.


Cela s'applique aux règnes animal et végétal comme à l'humain. C'est pourquoi le film ouvre avec la citation de Walter Bradford Cannon, un physiologiste américain, qui a été le premier à décrire la réaction de lutte ou de fuite, communément appelée réponse au stress, une réaction physiologique qui se produit en réponse à un événement perçu comme nuisible, une attaque ou une menace pour la survie dans tout le règne animal.


Son "collage" de mots était une tentative de proposer que s'engager dans le racisme est au minimum naïf. S'engager dans le racisme signifie que vous ignorez l'évolution de l'humanité et l'évolution du monde entier. Nous descendons tous du même ancêtre, nous sommes tous égaux et l’histoire de l'espèce humaine a été traversée de nombreuses croissances et décadences de civilisations, à divers endroits du globe. Si les Blancs soient plus puissants aujourd'hui en Amérique, ce n'était pas le cas il y a quelques milliers d'années lors de la prospérité des Aztèques ou des Amérindiens, tout comme la Syrie n'a pas toujours été un pays attaqué et bombardé et la Grèce n'a pas toujours été un pays en crise économique. Nous pensons qu'il est essentiel de toujours se souvenir de cela —et très triste que cela soit constamment oublié.


Diriez-vous que l'Université de Vincennes Paris 8 est toujours, comme elle l'a été, un pôle qui accueille des projets audacieux et innovants ? Quelle a été/est votre expérience avec le système éducatif français, quelles différences ou similitudes avec le système grec ?


L'histoire est le point de départ de toute tentative de rendre le monde meilleur. Si l'on veut aller de l'avant, on ne peut jamais ignorer le passé. En même temps, comme le dit le slogan "Oubliez votre passé" - écrit sur le frontispice du Buzludzha, un monument en Bulgarie -, nous devrions aussi oublier notre passé. En un sens, le passé n'est pas notre réalité actuelle. Il est mort, il a disparu et il doit rester dans le passé. Il ne peut que nous aider à apprendre et à évoluer. Pour ne pas être mal compris, nous devons nous souvenir ! Mais nous ne pouvons pas nous attacher à ce qui s'est déjà produit et ne peut pas changer.


À ce titre, l'histoire de l'Université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis a été une source d'inspiration certaine, notamment en ce qui concerne sa sensibilité politique et humanitaire. C'est un lieu où des artistes, des intellectuels et des militants, tous très inspirés, ont partagé une belle vision révolutionnaire et, surtout, ont agi avec passion. C'est quelque chose qui vous emplit toujours d'espoir et de force.


De plus, le lieu même de Vincennes-Saint-Denis a été une source d'inspiration, de par sa population principalement migrante, ses grandes différences par rapport au Paris "commercial", le fait qu'il s'agisse d'un ghetto, l'atmosphère dans les rues et le regard des gens, la douleur et la lutte qui sont omniprésentes. Comme le dit Walter Benjamin, "Ce n'est que pour le bien des désespérés que l'on nous a donné de l'espoir" (original : "Nur um der Hoffnungslosen willen ist uns die Hoffnung gegeben"). Le désespoir que nous avons lu sur les visages de certaines personnes à Vincennes-Saint-Denis nous a donné espoir de pouvoir réaliser des œuvres d'art pour nous comme pour eux, avec les moyens que nous avions.


Le système éducatif français a été une surprise. Tout était bien organisé, les professeurs manifestaient envers leurs étudiants un respect qui nous a surprises. C’est rarement le cas dans les universités grecques, où les professeurs sont plus autoritaires, distants et ont des attentes spécifiques quant à ce qu'un étudiant peut faire ou expérimenter pendant ses études.


Nos professeurs français, en particulier Jean-François Jego, nous ont aidées dans nos expériences avec une grande générosité, en ont examiné les résultats. L’autre différence majeure que nous avons remarquée chez les professeurs français, c’est la confiance qu'ils accordent aux étudiants et la façon dont ils encouragent la vision personnelle de chacun d’entre eux. Ils vous aident à trouver votre vision sans chercher à imposer la leur. Ils s'intéressent à la recherche et à l'innovation, qu'ils favorisent et respectent ; ils y travaillent eux-mêmes. Ils accordent une grande attention au processus de recherche et au soutien théorique du projet artistique, sans s’attacher uniquement au résultat ou ses aspects techniques.





Comment avez-vous procédé en termes de tournage ? Aviez-vous un storyboard ? Comment avez-vous organisé le travail avec Vicky Michalopoulou ?


Concernant le processus de production, il s'agissait essentiellement d'une improvisation instinctive de groupe, inspirée par l'écriture automatique, la poésie, l'art de rue, la guérilla cinématographique et le militantisme. Il n'y avait ni scénario, ni storyboard, seulement cette idée centrale de lutte pour la survie, un sentiment partagé de ce que nous voulions faire ressentir au spectateur, une collection de lieux d'intérêt parisiens, et quelques références esthétiques.


Le film a été tourné deux semaines après que nous avons eu l'idée initiale, sans autre préparation. Après le tournage et pendant le montage, un moodboard clairsemé de poèmes, de chansons, d'interviews, de notes personnelles, de manuels d'évacuation, de photographies de guerre et d'animaux sauvages, nous a aidées à composer le film et a fini par influer au point de donner une forme très différente de celle que nous avions pensée au départ.





En tant que jeunes femmes européennes, scientifiques et artistes, que pensez-vous pouvoir faire pour améliorer la situation des migrants sur le continent ?


Tout ce que nous pouvons faire, c’est sensibiliser, mais c'est en fait la seule chose nécessaire. Les gens ressentent. Tous les gens ressentent. Même les racistes. Nous sommes fermement convaincues que les inégalités sont principalement dues à un manque d'éducation et de conscience psychologique. Si les gens étaient correctement éduqués à l'histoire du monde (par opposition à la perspective historique biaisée d'une nation, comme c'est malheureusement le cas partout), à l'évolution et à la psychologie humaine, le racisme pourrait disparaître.


La re-radicalisation de l'art peut y contribuer. Que l'art devient de plus en plus une marchandise morte est un triste constat.


L'art doit retrouver son chemin vers le cœur, là où il a commencé et où il demeure.


Quelle est votre vision du cinéma post-Covid, pensez-vous qu'il y aura des changements importants ?

Vanessa Ferle:

Ma vision du cinéma post-covid est un cinéma libéré, un cinéma poétique, un cinéma du cœur. Comme le dit le poète grec Tassos Leivaditis dans son poème "Esthétique", "Comme pour cette histoire, il existe de nombreuses versions. Mais la meilleure est toujours celle où l'on pleure. (gr. Αισθητική: Όσο για κείνη την ιστορία υπάρχουν πολλές εκδοχές. Η καλύτερη όμως είναι πάντα αυτή που κλαις.)


Pour moi, le cinéma doit faire pleurer notre cœur, pas nos yeux ou notre cerveau. Et l'émotion n'a pas besoin d'argent, de productions coûteuses, de procédures compliquées pour être alimentée. Elle a seulement besoin de passion. Pendant la pandémie, de nombreux réalisateurs se sont souvenus du cinéma expérimental et, espérons-le, l'ont ré-apprécié. Ils se sont souvenus qu'il était possible de faire un film seul ou avec deux ou trois personnes, avec une caméra et une post-production maison. Et beaucoup de beaux films ont été produits.


Pour moi, c'est l'avenir du cinéma expérimental à l'ère du numérique. Une ère où les outils de tournage et de traitement numériques sont accessibles à tous, presque sans frais. Hors des institutions et des subventions, seul avec une caméra et une vision personnelle du monde. C'est ce que j'ai envie de voir, c'est ce que j'ai envie de faire.




BIO


VANESSA FERLE

SCÉNARISTE, PRODUCTRICE & CO-RÉALISATRICE



Vanessa Ferle (à gauche)



Vanessa FERLE "Une femme humaine, interdisciplinaire, née au bord de la mer, combinant les arts, le design et la science ; à travers des expérimentations, des corrélations et des collisions."


Vanessa Ferle, artiste, graphiste et neuroscientifique, est basée à Athènes, en Grèce. Elle a étudié la biologie et les neurosciences à la faculté des sciences de l'université nationale Kapodistrian d'Athènes et à la faculté de médecine d'Athènes, ainsi que les arts numériques et les nouveaux médias à l'école des Beaux-arts d'Athènes et à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, en France.


Elle combine ses intérêts interdisciplinaires dans ses projets artistiques et sa recherche artistiques. Elle se focalise sur la représentation des animaux en soi et leurs caractéristiques comportementales dans l'art numérique, sur l'essence animale de l'automatisation, des machines et des technologies intelligentes, qu'elles introduisent dans l'art numérique, et sur la réponse émotionnelle distincte que cet "effet animal" déclenche chez les humains.


Filmographie:


2008 > “Impunity”, short film

2018 > “Systematic Illusions”, 3-part short film collage

2019 > “Murder”, experimental short film with a praying mantis

2019 > “Crise emotionelle”, experimental short film with ants

2020 > ”Water in Black”, animated short film experience: 2D, 360, VR, AR,

Ars Electronica .ART Global Gallery 2020 (AT) /

Athens Digital Art Festival 2021 (2D version) /

Icona Animation film festival 2021 (2D version) /

From Where I Stand 2021 (VR version)

2020 > ”Extended cinema: Respiratory Distress & New Now”, experimental short film + AR camera filter extensions,

Drama International Short Film Festival’s Film Market 2020 (GR) /

14th Thessaloniki International Short Film Festival 2021 (GR)

2020 > ”Fight or Flight”, experimental short film, 13th Thessaloniki International Short Film Festival 2020 (GR) /

27 IFSAK Kisa Film Festival 2021 (TR) /

1st prize experimental student film @ 15th Animart 2021 (GR) /

Best 360 film, Cannes World Film Festival August 2021 /

Athens Digital Art Festival 2021

2021 > ”Jöhatsu: the evaporating people” experimental short film

[work in progress/post-production stage]



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ANNA GRADOU

CO-RÉALISATRICE


Anna Gradou (à droite)


Anna GRADOU (née en 1993) est une informaticienne d'Athènes, Grèce. Après avoir travaillé quelques années dans le domaine de l'informatique à Athènes et à Édimbourg, elle poursuit actuellement ses recherches sur les nouveaux outils de création numérique à Paris, dans le cadre d'un master centré sur la narration en médias mixtes. Avant cela, elle a participé à des productions vidéo et cinématographiques à divers postes sur des courts et longs métrages sélectionnés en festivals, et comme monteuse vidéo dans l'industrie musicale.


Filmographie:


2020 > Fight or Flight (Short) (co-directed by)

2020 > Fight or Flight (Short) (director of photography)

2019 > In the Room (Short) (production assistant)

2019 > In the Room (Short) (assistant to the producer)

2017 > Blue Queen (Actor)

2016 > A Buddy Already Dead (Short) (production assistant)



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