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  • Cannes - World Film Festival - Remember the Future

INTERVIEW AVEC WOOLFMAN, CO-RÉALISATEUR DE "MAKE AMERICA LOVE AGAIN"

Winner: Best Cause-Driven Film & Best Song - Édition Mars 2021






Bonjour M. Woolfman, merci de nous accorder cet entretien. Nous aimerions mieux vous connaître. Pouvez-vous nous dire comment vous êtes venu au cinéma ?


J'ai été un fan de cinéma toute ma vie. Parmi mes films préférés, citons "Blue Velvet",

"The Paths of Glory" et plus récemment "Queen and Slim".

"Blue Velvet" - ou tout autre film de David Lynch, explore les dessous sombres de nos existences. Il renvoie à Dali et nous met face à nos démons dans un monde polarisé...

"Les Sentiers de la gloire" est un film sur la lâcheté, les mensonges et l'hypocrisie de nombre de nos dirigeants. Il est douloureusement pertinent à l'ère (heureusement)

post-Trump.


"Queen and Slim" est douloureux, à la fois personnel et politique, une quintessence du road movie, un "Thelma et Louise" moderne, ancré dans les tragédies qui semblent se dérouler chaque jour dans les rues américaines.

Les histoires de vies gâchées sans autre raison que la couleur de votre peau ou votre lieu de naissance. La mémoire et l'héritage deviennent des armes importantes dans la lutte pour l'égalité.


"Les Noirs sont parfois plus célébrés dans la mort que dans la vie.... c'est pourquoi j'ai le sentiment que nous ne pouvions pas laisser les personnes décédées - les Sandra Bland et Eric Garner - mourir en vain", a déclaré la réalisatrice Melina Matsoukas.


Ces films incarnent tous le personnel et le politique, ils sont tous humanistes, stimulants

et source d'inspiration. C'est peut-être mon thème...





Maintenant, à propos de "Make America Love Again" : Comment êtes-vous devenu l'auteur de la chanson qu'illustre la vidéo ?


J'ai écrit, joué et produit toute ma vie d'adulte. L'envie de créer de la musique m'a consumé, m'a fait gravir des montagnes et je suis tombé dans de nombreux abîmes.

J'ai fait de la dance music pendant quelques années avec un certain succès, puis....

j'étais chez moi à Londres, en 2018, quand j'ai vu Spike Lee à la télévision; j'ai été à la fois ému et choqué. L'Amérique a souffert et souffre encore aujourd'hui. J'ai réalisé que je voulais faire quelque chose, car ce qui se passe en Amérique nous affecte au Royaume-Uni, en Europe, en Afrique, en Asie et dans le monde entier.


Cette nuit-là, à 3 heures du matin, je me suis réveillé avec un texte et une mélodie en tête. Je suis allé m'asseoir à mon piano en pyjama, j'ai attendu, la mélodie, les notes blanches

et noires sont venues comme de l'extérieur de moi-même.


Pendant que j'attendais, les paroles ont surgi, d'un seul coup, comme si je les connaissais déjà. Je n'avais pas besoin de penser, j'avais l'impression d'être un canal entre l'infini et le tangible. De nombreux auteurs-compositeurs et artistes parlent de ce moment extraordinaire où l'inspiration surgit, apparemment de nulle part, où la création semble

sans effort. C'est ce que j'ai vécu ce soir-là.


Ces moments ne sont pas isolés, ils sont ancrés, ils sont l'aboutissement de nombreuses années d'expériences, de sentiments, d'activité musicale et de réflexion sur la politique

et le monde. Il y a parfois un moment dans la vie où tout converge, où le but et le sens fusionnent et forment quelque chose de nouveau, d'inattendu : l'inconnu devient le connu, la matière sombre devient visible. Je ne peux échapper à la signification de ce moment.

Ce projet a pris le dessus sur ma vie et celle des autres membres de l'équipe au cours

des deux dernières années.




Vous êtes l'initiateur de ce projet et vous avez décidé de faire équipe avec Tone Davies, votre co-réalisateur. Racontez-nous les coulisses de cette collaboration…


Au début, Tone s'est concentré uniquement sur nos premières vidéos. Au fur et à mesure du développement du projet, nous avons collaboré de plus en plus sur chaque production et il est devenu clair pour moi que les compétences et la vision de Tone complétaient très bien mes idées et le projet - plus important encore, nous semblons avoir la même perspective sur l'art - et la vie. Il est désormais un élément essentiel de ce projet, il apporte une connaissance et une compréhension du cinéma et de la cinématographie qui comblent une énorme lacune dans mes connaissances.


Dans la présentation du projet, nous apprenons que la vidéo a été tournée "sur des téléphones pendant le confinement." Pouvez-vous nous en dire plus sur le tournage proprement dit, sur le processus ? Comment avez-vous créé les images, comment avez-vous assemblé le tout ? Par exemple, quelle est la signification des écrans, de la façon

dont vous les avez mis en scène, des vieux téléviseurs endommagés à la construction de l'écran en forme de "Zoom" ?


J'avais engagé un directeur de la photographie, réservé un écran vert, et les chanteuses étaient prêtes. Nous étions prêts à filmer et à monter. La même semaine, le confinement

a été annoncé et tout a été mis en pause. Je craignais que le projet ne puisse être mené

à terme - pas de vidéo, pas de sortie !


Peu après, Tone a eu une idée et nous a proposé un nouveau concept pour la vidéo.

Nous regardions tous la vie à travers un écran dans le monde entier - la pandémie avait imposé la solitude à tellement de gens - nous nous sommes inspirés des sentiments et

des images de l'artiste américain Edward Hopper et avons utilisé une série de téléviseurs comme des fenêtres, à travers lesquelles nous regardions, chacun depuis nos environnements isolés.


Les chanteuses nous ont fait la grâce de filmer couplets et refrains en "selfie", et nous avons inséré ces séquences dans les postes de télé. Au début, nous avions prévu des écrans plats à LED et des installations high-tech dans le montage, mais cela ne semblait pas tout

à fait approprié. Nous avons donc opté pour des décors "rétro" qui, selon nous, complètent la tradition éthique dont la chanson est porteuse (bien qu'il y ait une télévision contemporaine dans le montage - l'avez-vous repérée ?) Tout a été assemblé dans Photoshop et FCPX - la vidéo a vraiment bien fonctionné. Il suffit parfois d'une remise à zéro du plan initial pour trouver un meilleur chemin...




La chanson est un cri d'alarme, elle est aussi qualifiée "d'Hymne pour le futur".

Comment est née cette vision et quelle était votre intention ?


Ces dernières années, je me suis senti impuissant face aux événements observés aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Russie, en Chine et dans le monde entier.

Je crois sincèrement que la plupart des gens sont bons et qu'on peut les solliciter, qu'on peut les unir.


Je suis un animal politique et je veux jouer mon rôle - alors entendre Spike Lee, ce jour-là en 2018, m'a montré une voie, une opportunité de jouer mon rôle à travers la musique. Quand je me suis assis à mon piano en cette sombre nuit d'octobre, je savais que cette chanson devait s'inscrire harmonieusement dans la tradition du gospel.


Bill Clinton a dit un jour : "Il n'y a rien de mauvais en Amérique qui ne puisse être guéri

par ce qui est bon en Amérique". Cela s'applique à chaque pays et à chaque personne.


Ma façon de faire la différence passe par la musique et les paroles. La musique fait bouger les cœurs ! Nous pouvons aider à éteindre ce terrible incendie qui brûle non seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier en ce moment.


"Make America Love Again" ["Redonner l'amour à l'Amérique", ndlt] est la chanson qui va guérir toutes nos âmes en 2021 et au-delà.


Cette chanson est, je crois, dans la meilleure tradition du gospel politique, de la protestation et de l'optimisme. Nous recherchons la justice, la décence et la bonté.

Nous aimerions vivre en paix, sans avoir peur à cause de qui nous sommes, de nos croyances ou de la couleur de notre peau.


Ensemble, nous pouvons faire beaucoup de bruit ! Nous pouvons vaincre, nous pouvons parler à toute l'humanité, nous parlons à votre humanité. Votre voix et votre esprit comptent vraiment.


Spike Lee a dit "Let's Make America Love Again", Stevie Wonder l'a dit lui aussi -

et il nous soutient.

Où en est le projet à l'heure actuelle ? Y a-t-il d'autres vidéos à venir, avec d'autres chanteurs, d'autres pays ?


Nous avons un mur d'images vidéo, en plus de la vidéo principale, qui présente des chanteurs de Cuba, du Liban, du Sénégal, d'Italie et du Royaume-Uni.

Nous avons remporté de nombreux prix cinématographiques et il semble que le message commence à passer. Mon objectif était de faire de la chanson un hymne pour les élections de 2020, mais nous n'avons pas été dans les temps.


Peu importe, le zeitgeist c'est MAINTENANT semble-t-il, cette chanson est un appel à "Make America Love Again". Ce que je veux dire ? Lisez les paroles : elles disent que l'Amérique a fait beaucoup de choses dont elle ne peut être fière, mais l'idée qu'elle est "toute mauvaise" ne tient pas debout.


C'est un appel à l'équité, à la gentillesse et à la justice plutôt qu'à la haine et à l'intolérance. Il reconnaît que l'Amérique a fait beaucoup de bien dans le passé - le New Deal, qui nous

a sauvés au moment de la Seconde Guerre mondiale, puis le plan Marshall, le Summer of Love, Mohammed Ali, Madonna, Beyoncé, Martin Luther King, Thomas Edison, Spike Lee, Leonard Cohen, Al Pacino, Denzel Washington et Barack Obama.


Les États-Unis peuvent être un pays vraiment étonnant ! Nous cherchons simplement à jouer notre rôle en nous rappelant qu'ici, au Royaume-Uni et dans le monde entier, nous avons aussi beaucoup de travail à faire. Ce qui se passe en Amérique se propage dans

le monde entier et voici ce qu'à notre tour nous offrons aux États-Unis, au Royaume-Uni,

à l'Europe, et au monde entier.


Barack Obama a déclaré qu'il croyait en la "possibilité de l'Amérique". C'est le message

que sous-tend "Make America Love Again". Il est encore plus important aujourd'hui, alors que l'Ukraine et Taïwan risquent d'être envahies, que nos enfants sont menacés par le changement climatique et que les inégalités sont plus répandues que jamais.


Seuls les États-Unis sont assez puissants pour nous protéger, dans le monde entier, comme pendant la Seconde Guerre mondiale. Il y a beaucoup de choses qui ne vont pas en Amérique, mais beaucoup de choses peuvent aussi bien se passer, Dieu merci, l'Amérique est là - maintenant.


Filmer la musique, comme écrire des chansons, est un défi; êtes-vous également musicien? Quelle est, à votre avis, la relation entre la musique et le cinéma, et comment l'interaction entre les deux formes se joue-t-elle du point de vue du cinéaste ?


Je passe tout mon temps libre à jouer du piano et du saxophone, également à écrire, surtout au milieu de la nuit. Je joue également de la musique pour le théâtre d'improvisation. J'ai dû "enseigner" aux acteurs que la musique n'est pas seulement

un accompagnement, mais qu'elle donne souvent le ton de la pièce. De la même façon

au cinéma, la musique et le film sont de proches cousins - pensez aux "Dents de la mer", pensez à "2001" de Kubrick : vous vous rappelez la musique autant que les images.

Elles se nourrissent mutuellement.


Lorsque je ferme les yeux et que j'écoute la "Sonate au Clair de Lune" de Beethoven,

je vois des images et des couleurs qui reflètent l'endroit où je me trouve, ce que je ressens, l'espace psychique dans lequel je me trouve. La musique influe sur mon humeur, modifie les couleurs et les formes, elle me transporte.


Lorsque je me concentre sur les images intérieures, j'entends la musique différemment, je découvre de nouvelles expériences. La "Sonate au Clair de Lune" est à la fois simple et étonnamment complexe. La musique et le cinéma sont tous deux des manifestations de notre besoin de créer, d'explorer et de communiquer.

Ce sont de merveilleuses manifestations du meilleur de notre humanité, de tous les heureux hasards extraordinaires qui jalonnent nos existences-même.


La musique - et tous les arts, en fait - n'existe pas dans le vide. Quand une mélodie me vient, je me demande parfois si elle n'a pas attendu là tout ce temps, dans l'espace, dans l'éther. Peut-être ne sommes-nous tous que des canaux de la "musique des sphères".

Peut-être, comme l'a proposé Pythagore, les étoiles et les planètes n'émettent-elles que

leur propre bourdonnement, unique, en fonction de leur révolution orbitale. Peut-être la vie sur Terre reflète-t-elle la qualité de ces sons célestes qui dépassent la portée de l'ouïe humaine, de la même manière que nous sommes affectés par les rayons infrarouges

et ultraviolets de la lumière.


Platon a dit un jour que l'astronomie et la musique étaient des études "jumelles" de

la reconnaissance sensuelle.


Les scientifiques ont tenté de décrire le processus de créativité en termes d'activité des hémisphères gauche et droit du cerveau. J'aime l'idée de la Gestalt, c'est ce que j'ai expérimenté : un sentiment m'envahit. Lorsque je prends conscience, je réagis émotionnellement, puis j'actualise ce sentiment sous forme de musique et de mots.





MAKE AMERICA LOVE AGAIN - Paroles


De l'esclavage à Kennedy, de Roosevelt au Vietnam

De Washington à Lexington, de LBJ à Birmingham

De Haight Ashbury à NBC, de la Baie des Cochons aux armes de destruction massive,

ce n'est pas tout ce que je vois lorsque je regarde mon histoire.


De Spike Lee à la Seconde Guerre mondiale, le jour J,

Nous étions là pour toi, avant qu'il ne soit trop tard...

Nous avons parlé de la CIA Black Power 1968

Kent State George Jackson grande réaction, Soledad quand tu aimes ton frère

Si vous voulez faire la police du monde, avec fierté et avec votre drapeau déployé

Quelles sont les valeurs que vous diffusez, quel est le coût en nombre de morts?


Des balles dans la vie de nos enfants. Du swing, de la salsa, du twist et du jive

Du blues et du hip-hop tous les soirs, c'est ce qui fait vivre notre monde.

Je veux que l'Amérique aime à nouveau, que l'Amérique aime à nouveau.

Faire l'Amérique - je ne sais pas quand - avant qu'il ne soit trop tard.



Opinion sur le cinéma post-covid :


Le cinéma post-covid existera toujours, même si je pense que la situation actuelle forcera les grandes sociétés cinématographiques à réévaluer la proposition des services de streaming et la manière dont ils s'intègrent à une sortie en salle.


Aller au cinéma sera toujours un événement - l'écran argenté dans une salle obscure fera toujours partie de la vie de chacun, c'est juste que les revenus viendront d'une manière légèrement différente de celle à laquelle l'industrie a été habituée pendant toutes ces années.



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