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INTERVIEW AVEC STEPHEN RUTTERFORD, RÉALISATEUR DE "FINDING OPHELIA"

Winner: Best Mystery Film - Édition Février 2021






BIO


STEPHEN RUTTERFORD

RÉALISATEUR



Bill Mudge, Director & Co-Producer


Stephen Rutterford est un réalisateur et artiste d'origine britannique basé à Brooklyn, NY. Ayant fait ses armes dans la publicité en tant que directeur de la création, Rutterford a collaboré avec des artistes tels que Pharrell Williams, Talib Kweli, Astronautica, Shepard Fairey, Faile, D*Face et Michel Gondry, et a réalisé des clips pour Black Asteroid, Hana, Fashawn, The IZM, Just Process (feat. Joannie Jimenez ) et Chris Stylez. Son premier court-métrage, "Back Page Ripper", a fait l'objet de 23 sélections officielles dans des festivals de cinéma du monde entier. Il a notamment remporté le prix du meilleur court métrage au "LA Indie Film Festival".


Il est le réalisateur et le producteur du long métrage indépendant "Finding Ophelia", plusieurs fois primé, avec Jimmy Levar et Christina Chu.



FILMOGRAPHIE


. 2021 Finding Ophelia

. 2020 Hana: So & So

. 2018 Chris Stylez: Living a Lie

. 2016 Back Page Ripper (Short)



Bonjour Stephen, allons droit au but : Comment avez-vous eu l'idée de raconter cette histoire ?


J'ai toujours été fasciné par les rêves, pourquoi nous les faisons et ce qu'ils signifient. Ils sont comme un univers parallèle qui existe en nous. Les images me sont venues en écoutant de la musique. J'écoutais beaucoup de paysages sonores éthérés et minimalistes. J'ai trouvé ce genre utile pour ouvrir l'imagination. Je me souviens que David Lynch avait parlé de noter 70 idées et de laisser son subconscient les tisser ensemble pour en faire un récit. Cela a été bénéfique au cours du processus d'écriture.


"Finding Ophelia" comporte plusieurs "moments méditatifs". Je voulais que ces scènes de rêve agissent comme des tableaux abstraits en mouvement qui évoquent certaines émotions, nous permettant d'entrer dans l'esprit du personnage principal et de ressentir ce qu'il ressent.


"Finding Ophelia" emmène le spectateur dans un voyage surréaliste à l'intérieur de l'esprit d'un homme. Comment articulez-vous les notions de pression des pairs, d'obligations sociétales et professionnelles, et de santé mentale dans la recherche individuelle de notre "moitié" ?


Pensez-vous qu'il existe, dans l’esprit moderne, des spécificités contemporaines dans la quête de l'amour de l'esprit moderne, que quelque chose a changé au fil du temps ?


Dans cette société post-numérique, un nombre toujours croissant de distractions se disputent nos affections. Pas seulement "l'amour". La technologie nous a permis de vivre des vies aux choix abondants. Reste à voir comment cela se répercutera sur notre santé mentale.


Le consumérisme s'est insinué dans les relations humaines ; nous nous traitons souvent les uns les autres comme de simples produits. Nous pouvons disparaître sans prévenir, ou faire glisser l’autre vers la gauche d’un simple mouvement du doigt sur un écran. Nos appareils personnels sont presque devenus les télécommandes de nos vies.


Il y a en outre cette pression sociale constante qui incite à être connecté en permanence. Pour réussir au travail et dans les loisirs, en amour, comme parent. On peut avoir tout ce qu’on désire, mais cela a un coût.


Mick Jagger chantait “You can’t always get what you want” (On ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut, NdlT). Ce qui ne fait qu'attiser ce désir, chez certains, même au prix de leur équilibre mental. Voilà ce qui arrive à notre protagoniste, William. (Oui, encore une référence Shakespearienne).




Une partie de ce que nous pourrions appeler votre lettre de mission, selon le site Web de Stephen Rutterford, déclare une intention de brouiller les lignes entre diverses formes artistiques. Comment avez-vous vécu l'ouverture de cette perspective à un format plus long que des publicités ou des campagnes de communication pour les marques ?


Je crois en effet que l'art de la persuasion par le divertissement et l'engagement est plus efficace pour les marques que l'interruption et la répétition traditionnelles.


Mais "Finding Ophelia" est un projet purement artistique. Avec le recul, j'aurais peut-être dû trouver un sponsor, comme une marque d'alcool, afin de contribuer au financement.


Travailler sur un format aussi long a été une tâche herculéenne. J'avais l'impression de monter 100 spots publicitaires en même temps. J'ai largement sous-estimé le temps et les efforts nécessaires.



De Shakespeare à Guillermo del Toro ou Marvel Comics, et d'innombrables autres exemples dans le cinéma, le roman, le mythe, le théâtre ou la musique, "Ophélia", comme personnage féminin, semble obséder la psyché du créateur masculin. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qu'elle représente pour vous, ou pourquoi le choix de ce prénom ?


Les médias et la culture populaire nous encouragent à "poursuivre nos rêves". C'est parfois une bonne chose, parfois non. Chez certains, cela peut entraîner un mode de vie entièrement égoïste. Chez d'autres, entièrement sacrificiel. Le choix du nom d'Ophélia m’a été inspiré par le tableau emblématique de John Everett Millais.


J’espère que le spectateur choisira d’interpréter le film à sa façon, personnelle. Dans ce contexte, Ophélia est simplement une icône, un symbole du désir du cœur. Elle n'est pas nécessairement une icône de la féminité perçue, de la sexualité, ou de l'amour en soi.


Je veux laisser au spectateur la liberté de projeter ses propres désirs sur ce qu'elle représente pour lui. Nous désirons tous avoir des idoles : une carrière, de l'argent, du pouvoir, une famille ou, depuis plus récemment, être constamment divertis.


Pour William Edgar, c'était "l'amour". Le désir de trouver la fille de ses rêves. Malheureusement pour lui, le rêve s'est avéré être un cauchemar.



Votre film est multi-qualifié "Mystère, Horreur, Surnaturel, Expérimental". "Quelles sont vos influences dans tous ces genres, et vos films préférés, et pourquoi ?


En substance, "Finding Ophélia" est un mystère surnaturel, mais il comporte des éléments d'horreur mêlés à des scènes de rêve expérimentales.


Une de mes grandes inspirations est “Le Procès” d’Orson Welles. Le protagoniste, Josef K, interprété par Anthony Perkins, se réveille au milieu d'un cauchemar kafkaïen inéluctable. Le film nous transmet une forte impression de son voyage psychologique, une confusion paranoïaque exprimée par le biais d’une musique d'avant-garde, du rythme du jeu des acteurs, d’un éclairage dynamique avec des ombres fortes et des compositions au cadrage dramatique. Ce film semble toujours aussi contemporain, même s'il a été tourné en 1962.


Pour la cinématographie, "Fallen Angels" de Wong Kar-Wai - Tourné par Christopher Doyle. Un travail de caméra à couper le souffle, de style docu-ciné, des couleurs audacieuses. Des objectifs super grand angle, sans concession. Filmé avec pour toile de fond un paysage urbain nocturne saturé de néons. Douloureusement cool.


Pour l'expérimental : les paysages de rêves obsédants du "Eraserhead" de David Lynch. Un film vraiment révolutionnaire, qui explore la logique du rêve et le subconscient.


Pour le mystère : "Memento" de Christopher Nolan. La narration excessivement lente intrigue et tient en haleine du début à la fin.


Pour l'horreur, ce sont des films à l’approche plus bizarre d'art et d'essai, ou plus proche de la science-fiction qui m’inspirent : "Tetsu - The Iron Man" de Shin'ya Tsukamoto, "Pi" de Darren Aronofsky, "eXistenZ" de David Cronenberg. Ces films ont tous une intensité émotionnelle puissante et creusent le genre habituel de l'horreur.



Votre film a été achevé en septembre 2020. Comment avez-vous réussi à tourner pendant les confinements ? Qu'avez-vous l'impression d'avoir appris, en tant que cinéaste, que vous n'auriez pas vécu si les conditions avaient été "normales", "pré-Covid" ?


J'ai eu la chance de finir le tournage juste avant la pandémie. C'était donc le moment idéal pour être enfermé dans une salle de montage pendant 4 mois, à raison de 12 à 15 heures par jour. Dans une situation normale, ma famille aurait peut-être moins bien toléré que je reste collé à un écran aussi longtemps.



Quel est votre point de vue sur l'avenir du cinéma, que ce soit aux États-Unis ou dans le monde, en termes de réalisation et de diffusion ?


La pandémie a été le premier pas vers une société plus virtuelle. Dans un avenir proche, nous apprécierons le cinéma en réalité virtuelle avec nos amis et notre famille. Nous discuterons du film après coup dans des cafés virtuels. Ce sera impossible à distinguer de la vie réelle. Mais même là, on retrouvera les puristes qui continueront à apprécier la nostalgie de l'expérience cinématographique "réelle".



Quelle est votre vision du cinéma post-Covid, pensez-vous qu'il y aura des changements notables ?


Si le Covid a blessé le cinéma, il ne mourra cependant pas. Alors que les nouveaux médias évoluent, les anciens médias existent encore. Le théâtre existait déjà avant les empires grec et romain et sera à nouveau florissant après le Covid.


Le cinéma a survécu à la télévision, aux vidéo-clubs et au streaming. Pourquoi ? Parce que les humains sont des êtres sociaux et que nous avons besoin de partager des expériences. Quant à savoir s'il va dominer, c'est une autre question. Probablement pas.


Les gens écoutent encore de la musique sur des vinyles et des cassettes, mais le streaming domine actuellement.


Les NFTs à posséder et abordables seront-ils les prochains ?




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