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INTERVIEW AVEC HOFESH SHECHTER, CHORÉGRAPHE ET RÉALISATEUR DE "POLITICAL MOTHER"


Winner: Best Dance Film - Édition Juin 2022






INTERVIEW



Hofesh Shechter, merci de nous accueillir et félicitations pour POLITICAL MOTHER: The Final Cut et en particulier pour cette dernière récompense du Cannes World Film Festival pour le meilleur film dans la catégorie Danse, au mois de Juin.

Vous avez magnifiquement réussi à « immerger les spectateurs dans un monde fragile d'émotions brutes alors qu'un groupe d'individus se bat contre les structures complexes qui définissent leur monde et le nôtre à la fois ». C'est tellement poignant que nous pouvons tous nous sentir connectés, nous identifier et prendre conscience de nos maux, des dysfonctionnements de notre société, soit peut-être la surpopulation, la maladie et la pandémie. Comment de tels thèmes sont-ils apparus dans votre travail ?



Je pense que le pouvoir de l'art consiste à créer un miroir et une perspective à travers lesquels nous pouvons nous voir. J'ai toujours eu à cœur d'être aussi conscient que possible de mon environnement, du monde qui m'entoure et de ce que je ressens à l'intérieur, et de le refléter dans mon travail, en partageant mon expérience et ma perspective avec d'autres personnes. C’est une façon de me sentir incroyablement vivant...


Né dans un pays déchiré par la guerre, en proie à des conflits politiques et à des luttes de pouvoir, je pense que je ressens quelque part en moi un besoin irrésistible d'essayer de comprendre (ou de poser des questions...) sur le pouvoir social - qui dirige et qui est dirigé, la place des individus et la possibilité d'être ou de se sentir simplement libre, et la question des valeurs morales de notre communauté.


Nous naissons tous dans une réalité politique donnée, avec des valeurs figées qui évoluent très lentement à mesure que la culture progresse – mais nous ne pouvons pas choisir quelles sont les valeurs préexistantes et nous sommes obligés de construire notre avenir sur des structures qui appartiennent au passé.

Cette complexité me fascine et suscite de nombreuses questions.







POLITICAL MOTHER: The Final Cut, que vous avez dirigé, chorégraphié, composé et filmé, « se glisse dans la peau de l'original, apportant à l'écran une nouvelle énergie dansée, sur fond d'animations de Shay Hamias » et sur votre propre musique, tout en étant « interprété par Shechter II, une nouvelle génération de danseurs de classe mondiale ».

Dans la première scène, le contraste est saisissant entre les regards discrets et les postures langoureuses des danseurs et la prise de conscience soudaine que tous regardent un interprète sur un téléviseur. Comment cela a-t-il été rendu possible ?


Cette première scène a été filmée 52 fois. Il s'agit d'un retour arrière au ralenti, puis d'une rotation autour des interprètes. Quiconque a déjà réalisé un film sait que faire la mise au point sur une telle prise est un véritable défi... mais j'étais déterminé à obtenir la prise la plus parfaite possible... Le téléviseur est dans la pièce mais l'animateur Shay Hamias a superposé en post-production l'animation de l'interprète solitaire sur l'écran.


Ayant réalisé un film sur ce qui était à l'origine une représentation scénique, j'étais fasciné par l'idée que même les interprètes du film soient présentés comme des observateurs passifs de la réalité, tout comme nous lorsque nous-mêmes regardons le film. L'idée que s'asseoir chez soi et de regarder passivement un écran de télévision vous libère de la responsabilité de ce que vous voyez relève d’un concept et d’une croyance faux.

Tout ce que nous voyons, nous en faisons partie et en sommes donc responsables.






Pouvez-vous commenter la constante référence orwellienne à une image floue sur un écran ? Avec la présence lancinante de l'hologramme qui symbolise la dimension politique, nous percevons une image dystopique de l'autocratie. Des tremblements aux frémissements et aux convulsions des artistes, nous décelons les dangers potentiels. Cela se termine-t-il par la dissolution visuelle de la figure politique ? Peut-on interpréter une autre référence à la pandémie ou aux futures pandémies ?


La danse est une forme d'art aux frontières de l'abstraction. Et en cela, elle affine le pouvoir des rêves - elle peut puiser dans le subconscient à travers des sensations et des sentiments anciens et profonds. On pourrait argumenter sur la nature abstraite/surréelle/virtuelle du concept de politique (c'est-à-dire que nous sommes tous d'accord sur les règles qui entourent notre pouvoir, et le fait que notre accord est la seule chose qui le rend réel...). La nature virtuelle de la politique est donc un concept glissant, c'est une image, une idée, et c’est ainsi que dans le film, elle est montrée clairement pour ce qu'elle est : la projection d'une idée. 

Les dirigeants politiques ne sont puissants que parce que nous les suivons. 



Dans la pièce Tapwan de "En corps", la tradition et la modernité s'entremêlent de façon étonnante. Ici, les tonalités sombres et apaisantes du Requiem de Verdi et la contradiction de la violence sous-jacente de la danse sont assez bouleversantes. Est-ce là l'intention ?


Oui. Je suis un grand fan de la dichotomie. Lorsque des réalités contradictoires s'affrontent, une forte tension se crée car on peut sentir la distance entre les éléments, et l'ampleur de la réalité qui s'étend entre eux. 

La musique classique appartient à un monde très particulier dont elle est issue. La culture coloniale se trouve aux origines de la musique classique. Mais cette culture embrasse également la violence, le pouvoir et d'affligeantes ambitions matérialistes. 

Bien sûr, la culture coloniale n'est pas la seule à incarner la violence – elle fait partie de notre nature primitive et, de ce qui semble être une nature inévitable à l’heure où nous vivons – la question de la relation entre la violence et la liberté est telle qu’elle qui me tient éveillé la nuit. 




Pouvez-vous commenter la scène finale avec l'apparition d'un halo de lumière ? Quelle est l'importance de la métaphore de la lumière au bout du tunnel, sur la chanson Both sides now de Joni Mitchell ?


Cette image possède quelque chose qui reflète un espoir incroyable et pourtant triste. Je suppose que le côté optimiste est que les humains s'efforcent toujours de faire plus, de faire mieux, de trouver un moyen de voir la beauté et de continuer malgré les atrocités qu'ils subissent. Le côté triste, c'est que nous n'allons nulle part. Il ne peut y avoir de fin heureuse pour l'humanité – c'est une certitude statistique, cela ne va pas bien se terminer pour nous. 

Mais... peut-être que ce n'est pas la fin qui compte. 



En 2021, vous avez collaboré avec le cinéaste français Cédric Klapisch sur le long métrage « En corps ». Sorti en mars 2022, accompagné d'une bande-son de votre création, le film continue d'être projeté dans le monde entier. Comment cette collaboration a-t-elle vu le jour ?


J'ai vu le film de Cédric, L'auberge Espagnole, quand j’avais 20 ans et je l'ai adoré - je me suis attaché à l'humour ainsi qu'au côté très humain et simple de la narration. 

Lorsque j'ai travaillé avec le Ballet de l'Opéra de Paris, Cédric est venu filmer la soirée et un lien s’est créé avec mon travail. Nous avons commencé à parler et il m’a dit qu'il avait toujours voulu faire un film sur la danse. Notre rencontre semblait être le prélude à cela... nous avons aimé parler et rêver ensemble et une connexion de nos idées et de nos mondes a eu lieu. 

Ça a été un très vif plaisir de travailler ensemble sur ce projet, de voir et d'apprendre de la façon dont quelqu'un comme lui travaille. Nous avons également eu de la chance d'une manière étrange... car c'est le Covid qui a rendu le film possible, sinon, ma compagnie est toujours en tournée et nous n’aurions jamais pu trouver le temps... 





Si vous le permettez, écartons-nous de la catégorie "Danse". Jean-Luc Godard vient de nous quitter. Réalisateur radical et figure emblématique de la Nouvelle Vague française, il se distinguait par son style cinématographique résolument peu soigné, qui a laissé une empreinte durable. Diriez-vous qu'il a inspiré votre mise en scène ? 


Je me souviens très bien d'avoir regardé À bout de souffle et d'avoir été totalement et complètement captivé (même si j'étais très jeune) par les images et le rythme du film - il m'a vraiment marqué, comme beaucoup d'entre nous. 

Mais je dirais qu'il y a eu des influences beaucoup plus fortes de la part de réalisateurs plus modernes et contemporains. Ce sera peut-être le sujet de notre prochaine conversation...





BIO

HOFESH SHECHTER





Chorégraphe, cinéaste et compositeur, Hofesh Shechter OBE* est le directeur artistique de la Hofesh Shechter Company, créée en 2008 et basée au Royaume-Uni. Reconnu comme l'un des artistes les plus passionnants de notre époque, Hofesh Shechter a réalisé des œuvres pour la scène et le cinéma. Ses compétences dans ces deux disciplines défient les attentes traditionnelles et il est également réputé pour ses compositions musicales atmosphériques qui complètent l’unique mise en scène du corps dans son travail largement admiré. 


Après avoir chorégraphié pour le théâtre, la télévision et l'opéra, notamment au Metropolitan Opera (New York) pour Two Boys de Nico Mulhy, au Royal Court (Londres) pour Motortown et The Arsonists, ou encore au National Theatre (Londres) pour Saint Joan et à Broadway pour la reprise de Le Hussard sur le toit et pour la série Skins de Channel 4, Shechter a créé, en partenariat avec la BBC, Clowns, le premier film de danse de la compagnie, diffusé par la BBC avec un immense succès en 2018. 


Le travail sur scène de Shechter est souvent qualifié de cinématographique ; ce n'était donc qu'une question de temps avant qu'il ne fasse ses débuts en tant que réalisateur avec POLITICAL MOTHER : The Final Cut, un nouveau court-métrage exaltant et sans concessions. Filmé pendant la fermeture du Battersea Arts Centre durant le confinement londonien, Shechter y met en scène l'architecture emblématique des lieux, de l'élégance du Grand Hall aux espaces atmosphériques intimistes en passant par ses couloirs gothiques labyrinthiques. Il créée ainsi un film et des performances de danse hors du commun, à la fois complexes sur le plan émotionnel et empreints d’un sens et d’une théâtralité puissants. Présenté en première au Royaume-Uni en juillet 2021, POLITICAL MOTHER : The Final Cut a remporté le prix du public 2022 pour la meilleure performance en direct et le meilleur travail cinématographique au Cinedans Fest 2022 et enfin le prix du meilleur film de danse au Cannes World Film Festival - Remember the Future, au mois de Juin 2022.


En 2021, Shechter a collaboré avec le cinéaste français Cédric Klapisch sur le long métrage très attendu " En corps ". Sorti en mars 2022, accompagné d'une bande-son créée par Shechter lui-même, le film continue d'être projeté dans le monde entier.


La production de Shechter, Grand Finale, a été nominée pour l'Olivier Award de la meilleure nouvelle production de danse (2017) et, en 2016, Shechter a reçu une nomination aux Tony Awards pour sa chorégraphie de la reprise de Le Hussard sur le toit à Broadway.






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COMPANY INFORMATION

Address: Hofesh Shechter Company, Somerset House, New Wing, Strand, London, WC2R 1LA

Telephone: +44 (0) 20 37017490

Email: info@hofesh.co.uk

Website: www.hofesh.co.uk


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