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INTERVIEWS

  • Cannes - World Film Festival - Remember the Future

INTERVIEW AVEC DEZ MIGHTY, RÉALISATEUR DE "I SEE YOU - EPISODE 1"

Award Winner - Édition Juillet 2021

. Best Documentary Short




INTERVIEW



Merci Dez Mighty pour ce film extrêmement convaincant et complexe. Comment avez-vous choisi votre panel d'intervenants ?


Nous avons eu la chance qu'un membre de notre équipe, Kandake, soit en contact avec plusieurs des intervenants que nous voulions impliquer. Dès le début du processus, nous avons décidé que nous voulions que des historiens, des psychologues cliniciens, des célébrités et des gens ordinaires nous donnent leur point de vue sur la façon dont ils ont vécu les deux grands défis de l'époque. Une fois que les gens ont su ce que nous essayions de faire, nous avons reçu un soutien incroyable, ils étaient heureux de nous donner leur temps, si précieux.





En réalisant le film, étiez-vous conscients que vous alliez parler et être entendus - et être vus - bien au-delà de la frontière britannique ?


Pendant le tournage, nous n'avions aucune idée de ce que nous allions faire du film. Nous nous sommes lancés dans la réalisation sans trop réfléchir au processus et sans trop savoir quel était le niveau d'investissement nécessaire. Nous avons fait toutes les erreurs que les nouveaux cinéastes peuvent faire. Tout ce que nous savions vraiment, c'est que c'était un film important et que nous devions le faire.


Nous avons eu quelques échanges avec une chaîne de télévision qui semblaient prometteurs, mais c'est que sur les conseils d'un collègue que nous avons décidé de nous engager sur la voie des festivals, et c’était la bonne décision.





Avez-vous vu les séries "Exterminate All The Brutes" de Raoul Peck et "Small Axe" de Steve McQueen ? Si oui, quel est votre point de vue sur ces projets ?


Je n'ai pas vu "Exterminate All The Brutes", mais je vais l'ajouter à ma liste de films à voir absolument. Quant à la série "Small Axe", j'ai trouvé le travail de Steve McQueen brillant et j'ai adoré la façon dont il a traité certains des problèmes de l'époque. Je dois avouer que j'aime tout ce à quoi Ava DuVernay a participé; son documentaire "The 13th" a été une source d'inspiration pour moi et, en tant que cinéaste en herbe, j'ai ressenti son influence le plus fortement.


Je pense qu'il est important que les personnes de couleur soient impliquées dans le récit de leurs propres histoires et qu'elles aient le contrôle créatif de la réalisation de films et de documentaires qui explorent et présentent les nombreux défis auxquels nous sommes confrontés.





Depuis que vous avez terminé votre film, avez-vous observé des initiatives visibles, au sein de la communauté "noire britannique", en termes de traitement et de guérison des problèmes liés à la santé mentale ?


Les questions de santé mentale sont un énorme problème dans la communauté noire, ceci parallèlement aux niveaux élevés de maladies... Mort en couches, drépanocytose, diabète, hypertension artérielle, cancer de la prostate, fibromes... La liste est sans fin et maintenant, les défis amenés par le Covid. Nous avons également des taux de suicide élevés chez les hommes noirs, l'automutilation des jeunes femmes noires : tout cela montre une race qui lutte pour faire face aux défis quotidiens du racisme, et à tant de batailles perdues face à la police et à la société en général. Les médias britanniques n'ont jamais aidé avec leur bombardement et leur désinformation incessants concernant les personnes de couleur et le Covid 19.

Le fait que le gouvernement britannique actuel, qui insiste sur le fait que le Royaume-Uni n'est pas raciste tout en s'auto-évaluant sur la question, sans tenir compte de la façon dont il a traité le sujet des footballeurs noirs hués pour avoir posé un genou à terre ou les questions raciales, n'est pas de bon augure.


La peur qui règne dans la communauté noire, non seulement au Royaume-Uni, mais dans toute la société occidentale, passe inaperçue, à moins qu'il s'agisse de sortir une nouvelle série de statistiques pour montrer à quel point nous sommes désavantagés. Il est inquiétant de constater que, quels que soient les défis ou les maux de la société, les Noirs sont, d'une manière ou d'une autre, désignés comme boucs émissaires ou subissent des contrecoups sur tous les fronts.


C’est facile de jeter le blâme sur quelqu'un qui ne vous ressemble pas ; les gouvernements peuvent détourner la responsabilité de leur propre incompétence et la société en général suivra leur exemple.





"Nier le racisme est le nouveau racisme". C'est quelque chose que nous pouvons dire de et dans chaque société occidentale dominée par les blancs. Cette déformation sans fin des vraies questions peut-elle prendre fin un jour ? Comment ?


Je crois vraiment que le racisme, quelle que soit sa forme ou son apparence, existera toujours et oui, il est peut-être temps d'adopter un nouveau narratif, qui cherche à comprendre les perspectives des autres.


Je pense que les personnes de couleur doivent résoudre les nombreux problèmes que nous avons les uns avec les autres avant de pouvoir aller de l'avant, d'où le titre du film I See You, ou "Sawabona" en dialecte sud-africain, qui signifie "Je comprends, je te respecte et te reconnais, je te sens, je sais ce que tu traverses." Une fois que nous aurons brisé le tabou, c'est-à-dire la façon dont nous nous voyons et nous percevons nous-mêmes, et que nous aurons cessé de chercher des solutions à l'extérieur, le dialogue changera peut-être.


Les personnes de couleur, depuis ce qui semble une éternité, ont été soumises à une pression constante qui a conduit au stress, à la douleur, à la haine de soi et à des problèmes de santé mentale. La pression peut vous briser, mais cette même pression peut aussi créer des diamants.





Quel est votre point de vue sur l'idée de Réparations ?


Les réparations, par où commencer ? Les sociétés occidentales se sont enrichies grâce à l'exploitation et à la destruction des races noires, au vol des ressources et des minéraux et à l'application de ce vol au moyen de lois créées pour se protéger elles-mêmes.


L'Occident s'est à peine excusé de la brutalité dont il a fait preuve à l'égard des races non-blanches et du traitement qu'il a réservé aux races noires, en particulier l'esclavage, l'apartheid, Jim Crow et le déni ultérieur du rôle joué dans la mort et l'esclavage de millions de personnes considérées comme moins qu'humaines.


Le fait que de nombreux propriétaires d'esclaves britanniques et écossais aient été indemnisés à hauteur de milliards alors que les anciens esclaves noirs sont restés sans le sou et réduits à la pauvreté, livrés à eux-mêmes après avoir été brutalisés par l'esclavage, parle de lui-même. Ou le fait que la France ait forcé Haïti à payer une taxe sur la perte de l'esclavage, ce qui a fait de Haïti l'un des pays les plus pauvres au monde. Aux États-Unis, les Noirs se sont vus promettre “40 acres et une mule” lorsque l'esclavage a prétendument pris fin, mais ils ont reçu à la place des lois Jim Crow, des lynchages, ont été considérés comme des citoyens de seconde zone et n'ont pas pu voter jusque dans les années 1960.


L'exploitation et l'apartheid en Afrique alors que son or, ses diamants et pratiquement toutes ses ressources étaient siphonnés au détriment de l'homme noir et pour le bien de l'homme blanc. Le meurtre, le viol et la sauvagerie, si bas qu'il dépassent l'entendement qu'un être humain puisse commettre de telles atrocités sur un autre être humain. Le roi Léopold II, responsable de la mort de plus de 10 millions d'Africains, ou le mal, la corruption et l'horreur dont Christophe Colomb s’est illustré, par exemple : ces deux hommes abominables sont considérés comme des héros et leurs statues sont toujours placées dans des endroits bien en vue, alors que la discussion sur l'opportunité de les démonter ne s’est ouverte que récemment.


Et si les réparations deviennent un jour le sujet d’une conversation qui aboutisse à des "compensations", faute d'un meilleur mot, comment seraient-elles distribuées, qui en bénéficiera réellement à long terme ? L'Afrique est le continent le plus riche du monde et pourtant, elle abrite les populations les plus pauvres du monde.

Oui, il est temps d'entamer la conversation.





Avez-vous un "Episode 2" en préparation ? Si oui, voulez-vous en dire quelques mots à votre public ?


Je suis heureux d’annoncer qu'un deuxième épisode est en préparation, qui abordera plus en profondeur les problèmes de santé et l'histoire que nous devons corriger.


Lorsque nous avons réalisé I See You, nous avons tourné plus de 30 heures d'images afin de pouvoir approfondir des questions autour de certains des défis auxquels les personnes de couleur sont confrontées, mais je m'intéresse maintenant aux solutions et à ce que nous devons faire pour nous-mêmes afin de sortir de ce cercle vicieux.


Nous vivons une époque vraiment intéressante et je crois que la frustration, la colère et la méfiance à l'égard des gouvernements et des médias, sentiments qui semblent faire le tour du monde, donnent un aperçu de ce à quoi les personnes de couleur ont été confrontées pendant des centaines d'années.


Nous avons abordé ce sujet dans l'Episode 1. Malheureusement, les gouvernements du monde entier trouvent de nouveaux moyens de s'avilir et continuent de nous diviser et de nous monter les uns contre les autres, afin que nous ne nous concentrions pas sur l'incompétence et la corruption inhérentes à toutes les sociétés occidentales.


Le temps a passé et avec l'Episode 2, il y aura plus encore à se mettre sous la dent :

notre objectif, c’est aller là où d’autres ont peur d'aller.


Quelle est votre vision du cinéma post-Covid, pensez-vous qu'il y aura des changements importants ?

J'espère que le cinéma ne changera pas, j'ai toujours été un fan de l'espace tranquille où je peux être transporté dans un autre monde. Il est évident que dans le contexte actuel de crise sanitaire, nous devons tous respecter les préoccupations des uns et des autres.




BIO


DEZ MIGHTY

RÉALISATEUR & PRODUCTEUR EXECUTIF

POUR UNFILTERED PRODUCTIONS





Background


Dez a une riche expérience professionnelle dans les domaines de la vente aux entreprises, de la photographie éditoriale haut de gamme, de la photographie de célébrités et du développement immobilier. Bien que chaque secteur soit différent, Dez a excellé dans tous ces domaines, qui constituent le creuset de ses compétences actuelles.


Après avoir connu le succès professionnel et financier au cours de sa carrière, Dez a voulu marquer sa différence en commençant à produire des courts métrages éducatifs axés sur les questions sociales, comprenant que ce genre d'approche éducative était nécessaire, en particulier pour les jeunes. C’est en visitant des écoles et en pratiquant avec les élèves des exercices de pensée critique, qu’il a pu constater que discuter des raisons pour lesquelles nous avons les pensées et les opinions que nous avons pouvait engranger des progrès considérables.


Dès le début de la pandémie, Dez s'est demandé pourquoi tant de membres de sa propre communauté semblaient souffrir du Covid 19. C'est ainsi qu'est née la série documentaire I See You.


Une offre unique pour Unfiltered Productions


Fort d’une vision inébranlable pour le projet "I See You", Dez ne perd pas de vue son objectif : déclencher les conversations, fussent-elles inconfortables, qui mèneront à une meilleure compréhension et à l'unité. Dez a un vrai sens esthétique et ne fait aucun compromis sur la qualité. Cela se traduit par des centaines d'heures de montage et de changement de direction créative si nécessaire. Son don le plus impressionnant est peut-être d'avoir attiré des personnes talentueuses et dévouées comme membres fondateurs d'Unfiltered Productions, et d’avoir su constituer autour de la production une large communauté. Les gens croient tellement en Dez et en sa vision qu'ils offrent leur temps et leurs talents au projet.


Mon Pourquoi


Un jour, lors d'un entretien d'embauche, on m'a dit : "Dez, je t'aime bien, mais je suis désolé, nous n'embauchons pas de Noirs". Lorsque j'ai interrogé l'employeur, il m'a dit que c'était parce qu'ils avaient déjà essayé deux fois et que les deux candidats les avaient laissé tomber. Je lui ai demandé : "Combien de Blancs vous ont laissé tomber ?" L'employeur a eu une révélation, m'a engagé et je suis devenu le vendeur le plus performant de l'histoire de l'entreprise.


Les personnes de couleur souffrent chaque jour de préjugés manifestes, subtils et inconscients et cela doit cesser. I See You s’attache à voir les gens, à voir le problème, c'est ce que nous voulons mettre en lumière. Les documentaires sont un excellent outil d'apprentissage et c'est le but de ce projet.




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