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INTERVIEWS

  • Cannes - World Film Festival - Remember the Future

INTERVIEW AVEC DANIEL VITAL, RÉALISATEUR, SCÉNARISTE & PRODUCTEUR DE "THANK YOU REBBE"

Winner: Best Jewish Film - Édition Juillet 2021

Nominé: Best Indie Short Film, Best Spiritual/Mystical Film, Best Director Indie Short, Best Soundtrack





BIO


DANIEL VITAL

RÉALISATEUR, SCÉNARISTE & PRODUCTEUR


Bill Mudge, Director & Co-Producer


DANIEL VITAL



Daniel VITAL est un cinéaste italien qui a émigré aux États-Unis. Il est surtout connu pour son court métrage "Thank You Rebbe". Son premier court-métrage, "Il Giudice di Linea"

(“Le Juge de ligne”), a été produit en Italie, et diffusé à la télévision nationale RAI 3 lors de l'émission “Blob”.


En 2020, il a reçu une nomination aux EMMY de la section Chicago/Midwest. Daniel jouit d'une réputation croissante en tant que réalisateur narratif et conteur focalisé sur la société.





INTERVIEW



Bonjour Daniel, merci pour ce beau film. Qu'est-ce qui vous a poussé à réaliser votre premier film ?


J'ai décidé d'écrire et de réaliser ce court métrage en hommage à mes amis qui ont traversé les événements relatés dans le film. Ma femme et moi avons vécu à leurs côtés la joie de la naissance de leurs jumeaux et tragiquement aussi, la perte de leur garçon quelques mois seulement après sa naissance.


Je voulais leur rendre hommage. J'ai pensé que le meilleur moyen était de partager leur histoire. Je dois dire que ce qui n'était au départ qu'un hommage s'est rapidement transformé en une bouée de sauvetage pour moi. Cela m'a permis de rester occupé et créatif pendant une période difficile de ma vie. Je vivais aux États-Unis avec un visa qui m'autorisait à rester mais pas à travailler. Je m'occupais de ma fille de deux ans avec ma femme Rossella qui, elle, travaillait à plein temps. Et on m'a diagnostiqué un cancer de la moelle.


C'est pendant ma très longue chimiothérapie que j'ai écrit et réécrit le scénario, encore et encore. À chaque fois, je pensais l'avoir réussi, mais je voulais aussi modifier légèrement certains concepts, à chaque fois. Je crois que j'évoluais très vite en tant que personne ; le scénario a donc changé en conséquence. J’ai fini avec un scénario très différent de mon scénario initial.





Thank You Rebbe a été tourné en 2016. Avez-vous fait d'autres films depuis, en tant que réalisateur, scénariste et/ou producteur ?


Malheureusement, une fois que j'ai terminé "Thank You Rebbe", j'ai subi un effet secondaire tardif de la chimio et souffert d'un arrêt cardiaque, juste après la fin du montage. Il m'a fallu encore 6 mois pour me remettre sur pied. Littéralement.


Ensuite, j'ai commencé à travailler en freelance dans le secteur associatif. De 2018 à 2021, j'ai travaillé à temps plein comme réalisateur vidéo pour l'une des principales organisations à but non lucratif du Midwest. J'ai eu l'honneur et le privilège de raconter les histoires vraies d'une communauté, les défis et les réussites. Nous avons reçu un "Silver Telly Award" et une nomination aux EMMY pour un P.S.A. (Public Service Announcement, annonce d’utilité publique) que j'ai écrit et produit - un témoignage de l'excellent travail que notre équipe

a pu produire.


Aujourd'hui, je travaille à nouveau en freelance. J'écris mon premier scénario de long métrage, "Recycle Me", et je suis en train de démarrer la production de mon documentaire indépendant intitulé "Colors of Judaism".

Vous êtes né en Europe, à Milan en Italie pour être précis, et vous vivez maintenant à Chicago. Pourquoi avoir choisi d'émigrer aux États-Unis ?


Ma famille a déménagé aux États-Unis quand j'étais enfant. J'ai vécu à Houston et à New York de 5 à 9 ans. C'était au milieu des années 70. Je me souviens encore d'avoir écouté ABBA sur la banquette arrière de la vieille Cadillac de mon père, de mon premier film, "Grease", de mon blouson des New York Yankees, de la visite avec l’école, quand j’étais en CE2, au sommet des Tours Jumelles, à New York, et de bien d'autres moments encore.


Lorsque nous sommes retournés en Italie, les États-Unis étaient déjà en moi. Près de trois décennies plus tard, quand ma femme et moi avons décidé de nous marier, nous avons également décidé de faire l'expérience de la vie hors d'Europe. C’était une prise de risque énorme, mais en même temps, grâce à cette expérience de mon enfance, les Etats-Unis n’étaient pas vraiment hors d’atteinte. Nous avons fait un pas après l'autre, sans véritable plan à long terme.


Douze ans plus tard, nous sommes toujours là. J'aime ce pays et ses habitants, même avec mes yeux d'adulte. Malgré sa dure réalité, ses contradictions et ses défis, il incarne toujours pour moi un idéal, celui d'œuvrer pour un avenir collectif meilleur.





Vous parvenez à donner au spectateur l’impression d’une vie entière de votre personnage dans un film assez court. Ce qui semble être votre idée de départ.


Quels choix avez-vous dû faire, en tant que scénariste, pour livrer une histoire aussi complète et pourtant "condensée" (faute d'un meilleur terme) ?


J'ai dû diviser le récit en trois niveaux. Il y a un niveau "en temps réel" où nous voyons le personnage se réveiller, se rendre à la maison Chabad et écrire sa lettre. Le niveau "flashbacks" nous amène à des anecdotes spécifiques, alternant les émotions de manière crédible. Enfin, il y a le niveau "voix off", qui lie le tout et aide le public à suivre l'histoire.


Jongler avec ces trois éléments m'a permis de partager une histoire qui n'est pas typique quant à la structure d'un court-métrage. J'ai ensuite utilisé des niveaux narratifs visuels supplémentaires en arrière-plan, qui ne sont probablement perceptibles que par un public familier des coutumes juives.


L'une de mes scènes préférées est celle du "café", lorsque Dan et Esther se rencontrent pour la première fois. Plus ils parlent, plus ils se rapprochent l'un de l'autre. À la fin de leur conversation, le serveur en arrière-plan commence à effacer une ligne blanche verticale sur le tableau noir où figure le menu. Dans la composition cinématographique, cette ligne se trouvait entre les deux personnages, métaphore d'une mechitza (une séparation), et son élimination suggère que les deux personnages sont sur le point de devenir mari et femme.


J'ai fait de mon mieux - parfois, j'ai l'impression que le film est encore un peu énigmatique ici et là. Malgré tout, je pense que cette expérience m'a permis de grandir en tant que conteur et réalisateur.





Dans la note de présentation -comme le confirme, sans doute, la dédicace au générique de fin, il est indiqué que votre histoire est "basée sur des événements réels". Pourriez-vous nous donner un petit aperçu de cet aspect ?


Avant d'écrire le scénario, j'ai interviewé le couple. Je ne voulais pas être trop envahissant, concernant leurs antécédents médicaux ou sur le syndrome de mort subite instantanée.

Je voulais que le film se concentre sur le cœur de leurs valeurs et de leur force de Ba'al Teshuva. Les Ba'al Teshuvas sont celles et ceux qui passent d'un mode de vie séculaire

à un mode de vie religieux pratiquant, cela signifie littéralement "Maître du retour".


Ils ont partagé avec moi de nombreux moments significatifs de leur vie. J'ai dû en "choisir" quelques-uns qui permettaient au film de conserver cette énergie, c'est-à-dire de passer du sens et de la tension, mais sans qu’il devienne triste. Une scène est en fait très drôle, celle du policier qui essaie de verbaliser Dan parce qu'il a traversé la route en dehors du passage piétons. Le problème est que, comme c'est un samedi (les Juifs pratiquants ne sont pas autorisés à écrire le samedi), Dan ne peut pas signer la contravention.

Cet épisode s'est produit dans la vie réelle.


Un autre fait important, que je n'ai pas inclus dans le film, est que leur garçon est décédé le soir d'une fête juive appelée Simhat Torah. Cette fête célèbre la fin du cycle annuel de lectures publiques de la Torah et le début d'un nouveau cycle. Ce jour-là, Dieu ordonne à tous les Juifs d'"être heureux". Ainsi, chaque année, en se souvenant de leur fils, ils ont l'impression que Dieu est à côté d'eux, leur disant de rester heureux. Je n'ai pas mis cela dans le film, mais j'ai essayé d'être fidèle à ce sentiment. Il faudrait probablement que j'écrive une version longue du film pour partager toutes leurs histoires, leurs enseignements et leurs moments significatifs.


J'ai fait de mon mieux pour essayer de donner du sens à ces 14 minutes, et pour préserver une énergie et une atmosphère justes. Ces amis ont été les premiers à voir le film, inspiré de leur propre vie. Ils l'ont adoré, et c’est là pour moi la plus grande réussite de toute cette aventure. Une fois le film diffusé en public, beaucoup de gens m'ont contacté, pour me dire qu’ils trouvaient le film apaisant, ce qui en soi lui donne tout son sens. Tout cela a amené cette expérience cinématographique à un niveau différent, au-delà de mes attentes.





Chicago est un lieu privilégié de la musique et du cinéma. Que pouvez-vous nous dire sur la ou les scènes créatives dans votre ville ?


Qu'il s'agisse d'arts musicaux ou d'arts visuels, on pouvez ressentir le rythme artistique de Chicago en se rendant dans ses magnifiques théâtres ou à des concerts de groupes locaux. La ville a une longue tradition de beauté et d'art - de la photographie de rue à l'architecture, du blues et du jazz aux grandes productions hollywoodiennes, de l'urbanisme à une multitude de séries télévisées. On peut vraiment sentir l'énergie artistique autour de soi.


Du point de vue de la production, on est à proximité de professionnels chevronnés de séries télévisées, de quantités d’acteurs, d'artistes, et de nombreux lieux de tournage qui font souvent partie des grandes productions de L.A. En plus de cela, "l'Art Institute et le Columbia College" amènent de nouveaux talents sur le marché tous les ans ; des jeunes très bien préparés, qui ont envie de travailler et de construire leur portfolio.


Je me suis connecté à un excellent réseau créatif, "The Foxhole Chicago", dont j'ai engagé des membres pour m'aider à produire mon court métrage. J'ai aussi réalisé un clip vidéo avec eux. Je me suis mis en relation avec des sociétés comme "The Onion Production" (je leur ai fait appel pour le rôle principal de "Thank You Rebbe") et une organisation locale à but non lucratif, "Chicago Filmmakers" (où j'ai rencontré Tim Coghlan, le directeur artistique de "Thank You Rebbe").


Chicago a été un chapitre important de ma vie. Je viens de déménager à Carmel, en Californie, à quelques heures au sud de San Francisco. C'est un endroit très différent, avec des énergies différentes. Je suis très reconnaissant pour ce que j'ai reçu et pour les nouvelles opportunités qui vont se présenter ici.





En tant que cinéaste, pensez-vous que le public a toujours envie d'aller au cinéma pour voir des films ? Voulez-vous faire des films pour les salles de cinéma, ou pensez-vous que nous avons maintenant dépassé ce débat ?


En tant qu'ancien publicitaire, je sais que le mantra c’est "Allez là où se trouve le client" et c’est la même chose pour les films. En plus, le scénario de la pandémie a accéléré cette dynamique. Techniquement, le débat cinéma vs. V.O.D. est probablement déjà clos.


Mais en tant que cinéaste qui a grandi en regardant Bergman, Truffaut, Bertolucci et d'autres maîtres, j'espère toujours que le public continuera à aller dans les salles de cinéma, au moins à certaines occasions.


Outre les différentes expériences audiovisuelles, je trouve surtout que la relation entre le film et le public y est également différente. En entrant dans une salle de cinéma, vous décidez de sortir de votre zone de confort et d'abandonner toute forme de contrôle sur le film. Il s'agit d'un "acte d'abandon" volontaire où vous décidez de consacrer quelques heures de votre temps à vivre "quelque chose de différent".


En échange de cette confiance, vous entrerez profondément en immersion dans un autre monde. Vous ne manquerez pas une image. Vous serez en mesure d'apprécier tous les niveaux narratifs qui enrichissent ce film. Vous vous rapprocherez des acteurs et pourrez profiter pleinement de tout le travail artistique, de la cinématographie à la musique, des costumes à tout l'artisanat qui se cache derrière le film. En sortant du cinéma, vous ramènerez dans votre vie quotidienne ce qui, je l'espère, aura été une expérience significative, tant sur le plan artistique que social.


Le long métrage que je suis en train d'écrire jongle entre des récits surréalistes et réels.

En écrivant le scénario, j'imagine le même type de relation entre le public et le cinéma, dans une salle de cinéma. Je ne sais pas à quoi ressemblera le futur paysage de la consommation de films.


J'espère que l'expérience du cinéma ne disparaîtra pas complètement. Je respecte le public et je crois que ce qui rend possible une narration de qualité est la compréhension, la demande et le besoin du public de cette même qualité.


Quelle est votre vision du cinéma post-Covid, pensez-vous qu'il y aura des changements notables ?


Les grandes sociétés de production et les distributeurs semblent devenir très conservateurs, et la demande de nouvelles idées a ralenti.


En outre, les protocoles de sécurité Covid représentent un coût supplémentaire pour les cinéastes indépendants. Mais d'un autre côté, c'est formidable de voir des festivals comme le vôtre promouvoir la qualité et soutenir les artistes qui diffusent leurs œuvres.




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