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INTERVIEW AVEC ANTHONY GORDON, RÉALISATEUR, DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE & MONTEUR DE "ALIQUAM II"


Best Inspirational Film: Édition Avril 2022





INTERVIEW



Merci beaucoup de nous recevoir. Plongeons sans attendre dans votre film. Vous avez travaillé dans les montagnes de l'Himalaya et sur les plus hauts sommets du monde. Qu'est-ce qui a suscité votre intérêt pour les océans ?


Pour tout vous dire, après avoir passé 23 ans à réaliser des documentaires de l’extrême partout dans le monde, j'avais vu pas mal de choses à travers l'objectif de ma caméra. Pour faire court, on m'a diagnostiqué un SSPT (syndrome de stress post-traumatique), et cela s’est révélé un soulagement pour moi, car j’avais été jusque-là incapable de mettre le doigt sur les symptômes.


C'est un psychologue qui m'a suggéré de faire quelque chose de différent pour briser le cycle qui provoquait les symptômes traumatiques.

J'ai donc décidé de m'inscrire à un cours de plongée sous-marine, qui s'est avéré le catalyseur de la série Aliquam I et II. À partir du moment où j'ai pris ma première respiration sous l'eau, ma vie entière a changé. Non seulement j'ai commencé à soigner immédiatement mon SSPT, mais ma vision du monde a changé, car je le voyais littéralement d'un œil nouveau.


Je suis rentré chez moi après mon cours, à la recherche de contenu océanique, et tout ce que j'ai pu trouver, ce sont des documentaires sur la vie marine et la conservation ou des femmes en bikini faisant de l’apnée. Tous ces sujets ont leur place, mais ce n’était pas ce que je cherchais. J’étais à la recherche d’histoires avec une part d'émerveillement et de plaisir sur l'océan. Après d'innombrables heures de recherche, je me suis retrouvé bredouille.


Mon choix évident était alors de me concentrer littéralement sur la création de mon propre contenu, dans l'espoir de susciter l’intérêt et d'inspirer d'autres personnes qui n'avaient pas encore respiré sous l’eau.

La suite, vous la connaissez.





Quelle est, selon vous, la principale différence entre votre film "Aliquam" inaugural et "Aliquam II" ?


La principale différence, c’est quelque chose qui est intervenu à la fin de la série Aliquam I, qui portait sur les instructeurs de plongée et leur passion pour l'océan, alors que je faisais une plongée d'exploration avec mon mentor océanique Jayne Jenkins.

Au cours de cette plongée, nous avons rencontré un jeune garçon qui faisait de la plongée en apnée à la surface. Il a décidé de descendre et de nous rejoindre pour respirer et le regard qu'il a eu en découvrant les eaux plus profondes était extraordinaire.


En remontant à la surface et en retournant au parking, l’adolescent, un garçon de 13 ans, est venu nous voir et nous a expliqué très clairement qu’il avait très envie de faire de la plongée sous-marine pour en voir plus.

Aliquam II est né à ce moment-là. Nous avons décidé de raconter l'histoire de jeunes enfants qui prennent leur première respiration sous l'eau. Guidés par nos instructeurs pour leur première expérience de plongée, nous avons voulu inciter tous les enfants à regarder sous la surface.


Selon nous, cela contribuerait grandement à prendre conscience de la protection de l’océan et de notre planète à l'avenir.





La crise climatique et la pollution plastique des océans causent beaucoup d’agitation actuellement et la sensibilisation du public est croissante. Pouvez-vous expliquer comment le raisonnement qui sous-tend votre projet « d’offrir aux enfants leur première respiration sous l'eau » est lié à la quête de solutions pour la planète ?


« Loin des yeux, loin du cœur », tout simplement. Si vous ne pouvez pas voir ce qui se trouve sous la surface de l'océan, vous ne pouvez pas vraiment comprendre le sens de l'éducation et du discours actuel sur le climat.

Il est impossible de mettre en perspective l'importance de la vie marine et des océans pour la planète sans faire le lien avec la pollution et d'autres problèmes plus importants.


C'est une histoire de longue haleine ; il s'agit de faire le don de l'expérience et cette expérience déclenche chez chaque enfant un sentiment d'émerveillement. Cet émerveillement mène à la curiosité, qui mène ensuite à un besoin de comprendre.

Plus ils comprennent ce qui est évident, plus ils le transmettront aux adultes et à leurs enfants.

Pour nous, c'est comme changer les océans, les choses se font pas à pas.





Pensez-vous qu’un lien pourrait exister entre la pollution des mers et la peur des océans ou la méconnaissance de ceux-ci ?


J'ai envie de répondre à cette question par une simple analogie. Combien de personnes boivent l'eau des toilettes ?

Pourquoi ? Parce que c'est une seconde nature de comprendre qu'elle est pleine de polluants et qu'elle vous rendra malade.


Tant que vous n'aurez pas fait l'expérience de l'océan (en observant ce qui se trouve sous la surface, l’étonnante simplicité et le phénomène d’interdépendance), vous ne comprendrez jamais comment la pollution impactera la planète.

Il existe un lien absolu. Ce n'est pas une peur, c'est un manque de connaissances. La connaissance ne s'acquiert et n'est mise en pratique que par l’intermédiaire d’une expérience réelle et agréable. Si cette expérience est perdue ou menacée de l'être, on va inévitablement intervenir pour la conserver et la protéger.






La liberté de plonger sous l'océan est-elle essentielle à l'éducation de la nouvelle génération ?


Absolument. Ou du moins l'expérience de l'exploration sous la surface à l'aide d'un scaphandre autonome.


Dans "Aliquam II", Valerie Taylor dit que « Sans l'océan, nous ne serions pas ici (...) pas un oiseau, pas un arbre. Tout ce que vous voyez est reproduit sous l'eau ». Puis nous entendons la voix du professeur Christian Mata Bonilla, selon qui beaucoup de dégâts ont été causés. N'avons-nous pas dépassé le stade de la sensibilisation aujourd’hui ?


Nous avons dépassé le stade de la sensibilisation traditionnelle.

Lorsque j'ai créé la première équipe de sherpas de secours au monde dans l'Himalaya, et plus particulièrement sur le mont Everest, tout le monde savait depuis des décennies que des individus et des sherpas périssaient sur les plus hauts sommets du monde.

Mais tout ce qui se passait, c'était que les gens en parlaient et que les médias écrivaient à ce sujet, de la même manière qu’ils écrivent sur le changement climatique.


J'ai donc créé une série télévisée pour informer les gens et former les sherpas aux techniques de survie nécessaires pour renforcer la sécurité. De six sherpas à l’origine, le savoir a été diffusé dans l’ensemble de cette communauté et la montagne est aujourd’hui 85 % plus sûre pour les sherpas.


C’est ainsi que dans Aliquam II, nous avons emmené six enfants pour leur première respiration sous l’eau... Alors si grâce au film et aux médias, cela permet de sensibiliser ne serait-ce qu’1% des enfants, alors les océans seront dans une bien meilleure posture au cours des deux prochaines décennies.





L'Australie, qui sert de cadre à votre documentaire, vient de connaître ses premières élections sur le climat, attendues depuis longtemps. Y a-t-il des leçons à en tirer à l’échelle mondiale ?


Je ne peux pas vraiment répondre à cette question car je ne suis ni un scientifique ni un défenseur des protocoles climatiques. En revanche, je suis un conteur qui cherche à faire vivre aux enfants une expérience sous l’océan, afin d'inciter d'autres enfants à regarder sous les vagues.


Je sais que cela incitera à l'apprentissage et à la compréhension. Ces enfants, ce sont les futurs politiciens, scientifiques, etc. et ce sont eux qui feront la différence.


Peut-être pourriez-vous reposer cette question à l'un d'entre eux dans 15 ans ?!





Pouvez-vous décrire en quelques mots votre vision du cinéma post-Covid ? Pensez-vous que des changements notables vont s’opérer ?


J'ai le sentiment que pendant le Covid, le cinéma et les films ont bénéficié d'une audience énorme, car durant les confinements à travers le monde, les gens ont passé plus de temps que jamais dans l'histoire du cinéma à regarder des histoires. Maintenant que nous bénéficions de l'attention du public, il est doublement important de générer des contenus de haute qualité, avec discernement, et ainsi de continuer à capter l'attention de ce nouveau genre et des réseaux de distribution.


Le nouveau cinéma post covid est en ligne.




BIO


Anthony Gordon

RÉALISATEUR, DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE & MONTEUR




Au fil de 22 ans de carrière, les projets d'Anthony en tant que cinéaste se sont multipliés, lui permettant de tutoyer tous les domaines de la production cinématographique, télévisuelle et des médias sociaux.


Ses projets l’ont emmené des hauteurs de l'Himalaya aux plaines africaines, couvrant des sujets dans 62 pays. Les compétences d'Anthony en matière de réalisation de films, de postproduction et de distribution font de lui l'un des artistes solos les plus remarquables au monde.


Dans le monde de l'aventure et de l'ultra-sport, Anthony s'est fixé pour objectif de changer la planète histoire après histoire. La majorité de ses documentaires et de ses séries mettent en scène des individus à l’aide de visuels époustouflants et de mises en abyme de l'esprit humain.


Dans le monde du sport, Anthony a travaillé avec plus de 120 champions du monde, et ses films ont été visionnés par des publics dans le monde entier ; il n'y a donc aucune limite qu’il ne puisse repousser avec son objectif.


En 2016, il a non seulement créé la première équipe de sauvetage de sherpas au monde sur le mont Everest, le plus haut sommet du monde (https://vimeo.com/169226106), il a également joué le rôle du responsable du secours au camp de base, tout en réalisant et en produisant une série mondiale en six parties intitulée « Everest Air » pour la chaîne Travel Channel. Cette expérience et une myriade d'autres projets d'aventure l'ont conduit vers les océans.

C’est donc dans cet environnement très nouveau pour lui qu’il a décidé de s’essayer à son art.

Le résultat est la série "Aliquam" et "Aliquam II", qui connaît un succès mondial, propulsant le spectateur dans un voyage initiatique à travers différentes expériences de découverte de la plongée pour offrir aux enfants leur première respiration sous l'eau.


"Aliquam II" vient d’être couronné en tant que Best Inspirational Film (Meilleur film d’inspiration) au "Cannes World Film Festival – Remember the Future".


Et enfin "12 Shades" (12 nuances de gris) est une exploration de la magie du court métrage proposant une nouvelle perspective sur le grand requin blanc à travers une simple expérience directe.

Retrouvez tous les épisodes ici : vimeo.com/showcase/9243024

"12 Shades" - Film (vimeo.com/678040279)

Anthony partage ses expériences extrêmement rares pour la première fois à l’occasion de la Conférence.


Retrouver toutes les réalisations d’Anthony sur nothinbutshorts.com.au




Interview: Isabelle Rouault-Röhlich